On range volontiers la loi Sapin 2 parmi les lois pénales : elle viserait les corrupteurs et laisserait tranquilles les entreprises honnêtes. C’est une lecture rassurante, et elle est fausse.
Le cœur du texte, l’article 17, ne réprime pas un pot-de-vin. Il impose aux dirigeants de s’organiser pour prévenir et détecter la corruption. Trois contresens reviennent souvent, et tous se corrigent en relisant le texte lui-même.
Premier contresens : attendre un fait de corruption
Beaucoup d’entreprises pensent n’avoir rien à craindre tant qu’aucune affaire n’éclate. Or l’article 17 prévoit que l’Agence française anticorruption contrôle le respect des mesures et procédures que la loi énumère. Ce qu’elle examine, c’est le dispositif, pas l’existence d’une infraction.
La suite du texte le confirme : la commission des sanctions de l’AFA peut enjoindre à la société et à ses représentants d’adapter les procédures de conformité internes, dans un délai qu’elle fixe et qui ne peut excéder trois ans. Le reproche porte sur l’insuffisance de l’organisation. Une entreprise peut donc être mise en cause sans qu’un seul euro ait été versé indûment.
L’article 17 ne sanctionne pas une faute commise, mais une prévention absente. Honnête ou non, l’entreprise doit pouvoir montrer comment elle s’organise.
Deuxième contresens : commencer par le code de conduite
Le réflexe est compréhensible : un code de conduite se rédige vite, s’affiche bien et rassure le conseil d’administration. Les recommandations de l’AFA prennent pourtant le chemin inverse. Selon l’avis publié au Journal officiel du 12 janvier 2021, le code de conduite a vocation à être rédigé ou mis à jour après l’élaboration de la cartographie des risques.
La logique est simple : un code doit illustrer les comportements à proscrire là où votre entreprise est réellement exposée. Un modèle générique, acquis avant d’avoir identifié ces risques, décrit une entreprise qui n’est pas la vôtre. Il coche une case sans protéger personne.
Troisième contresens : se croire à l’abri sous les seuils
Une société qui n’atteint pas les seuils de l’article 17 n’est pas tenue d’en déployer les huit mesures. Elle n’est pas pour autant étrangère au sujet. Le Code pénal prévoit que, lorsque la loi le prévoit à l’encontre d’une personne morale, un délit peut être sanctionné par l’obligation de se soumettre, sous le contrôle de l’AFA et pour cinq ans au plus, à un programme de mise en conformité.
Ce texte ne fixe aucune condition de taille. Autrement dit, la conformité qu’une entreprise n’a pas voulu construire de son plein gré peut, après une condamnation, lui être imposée sous contrôle.
Notre méthode : lire le texte avant d’acheter un outil
Ce site ne recueille aucun signalement, ne vend aucun logiciel et ne perçoit aucune commission. Son parti pris : vous apprendre à lire l’article 17 comme le lira un contrôleur. Avant de choisir un prestataire ou une solution, posez trois questions à votre dispositif :
- Votre cartographie des risques est-elle propre à vos activités, et a-t-elle précédé le reste ?
- Chaque mesure est-elle appliquée dans les faits, et pouvez-vous le démontrer par des documents ?
- Qui, parmi les dirigeants, répond de l’ensemble, et comment en rend-il compte ?
Pour aller plus loin, la rubrique consacrée aux huit piliers détaille chaque mesure. Notre guide pour bâtir son dispositif anticorruption déroule la méthode dans l’ordre, et le comparatif des protections du dirigeant examine ce que prévoient les contrats du marché.
Aucune de ces pages ne remplace l’avis d’un conseil ni ne garantit l’issue d’un contrôle ou la prise en charge d’un sinistre. Elles vous donnent en revanche les moyens de savoir, avant l’arrivée de l’AFA, si votre dispositif tient.